J’ai écrit un livre, et il sort en librairies

J‘ai écrit un livre. Au départ, ce n’était rien d’autre qu’une colère, froide et silencieuse. Je l’ai laissée grandir une journée, et le soir, sur des copies doubles grands carreaux, des Clairefontaine, parce que j’aimais bien les couleurs plus marquées des lignes et des colonnes et le grain plus doux du papier, j’ai rédigé des centaines de mots.

Cela commençait par une formule de politesse “cher tous”. C’était ma manière à moi d’ajouter de l’intimité. Ce que j’écrivais, je le destinais, pensais-je, à ceux qui me connaissaient sans rien maîtriser de ce qui faisait mon unicité.
C’était une colère froide, devenue en une après-midi impossible à maintenir silencieuse. Pourtant, j’y ai mis les formes. J’ai convoqué mes meilleures comparaisons, formulé des phrases, les plus jolies possibles.

Je pensais en finir vite. Trois pages et puis s’en va. Trois pages à résumer ma jeunesse, mon enfance et mes difficultés, pour garantir à la fois qu’on me comprenne, mais surtout qu’on comprenne les autres, ceux qui n’étaient pas tiré d’affaire.

Les trois premières pages, je n’ai rien dit des autres et si peu de moi. J’ai contextualisé.

Mon livre commence comme ça. Un cher tous, puis des excuses cachées. J’étais navré d’avoir tardé à écrire, à sortir du placard. C’était cela, en fait, ce texte.

Il y avait le Sébastien d’avant, et ceux qui l’ont suivi. Mais désormais, tous avaient la même fondation, publique, accessible à qui veut. Le titre m’est venu vite, ce sera Les funambules, et quasi jusqu’à la toute fin, ce fut celui de mon manuscrit.

Ce livre parle de moi. Je l’ai commencé à 17 ans, et comme c’est très incongru que de vouloir écrire un livre à 17 ans, je me suis restreint à ce que je connaissais le mieux : ma vie. Mais j’aspirais, et n’y voyez nulle prétention, à être lu. Pas que j’ai considéré ma vie comme passionnante, mais parce que je voulais aider d’autres enfants malheureux.

Alors une fois le texte écrit, une fois les ratures ordonnées, j’ai recopié sur Word mon premier jet, et l’ai envoyé à Francis. Un professeur retraité, savant, mais accessible, suffisamment amoureux du français et de l’enseignement pour améliorer mon texte, en saisir les nuances et en réparer toutes les inconsistances.
En quelques coups de cuillère à pot, il fit de mon introduction une accroche. Avec ce primolecteur, je découvrais le plaisir d’être lu et critiqué. Je percevais ma marge de progression, phénoménale. Et je me suis décidé à tenir sur mon blog, ici, le récit de ma vie passée.

Etrangement, je me suis, au début, pleinement satisfait de ma trentaine de lecteurs par partie. Parfois, certains m’écrivaient, me confiaient leur joie de trouver un semblable. Ils me confiaient des instants de leur vie, s’ouvraient à moi naturellement, alors même que je n’avais pas conscience de leur existence jusqu’à recevoir leurs mails.

A cet instant, j’ai arrêté d’écrire seulement pour moi. Il ne s’agissait plus de me prouver à moi-même que j’étais capable. J’ai placé les autres au coeur de mon ambition. J’étais devenu un porte parole, le messager d’une enfance brisée, unique, évidemment, mais tragiquement commune.

Ma cause, c’est le haut potentiel, la précocité intellectuelle comme on disait à l’époque. Contrairement à l’image que véhicule la société, il ne fait pas bon être né “surdoué”. Il faut composer à la fois avec des différences intrinséques (notre cerveau ne fonctionne pas de la même manière), les dégats que causent ces différences (des déséquilibres, dans les relations, dans les sentiments, dans la sensibilité), et le rapport à l’extérieur, à une société qui intègre à un moule, à défaut de mieux. Et j’ai toujours eu du mal à rentrer dans ce carcan.

Ce n’était pas seulement un côté rebelle, conscient de ses forces, sûr de ses différences, mais une différence subie, quotidiennenement, certains jours à un tel degré que l’idée même du bonheur devient trop abstraite pour être envisagée.

Alors, forcément, j’ai du mal à parler de mon livre. Clamer ma fierté de le voir publié, c’est courir le risque de passer pour un petit con prétentieux. “J’ai écrit un livre, vois-tu, une autobiographie, le récit détaillé de mes vingt et unes premières années.” C’est compliqué d’en parler, car évidemment, nul ne se contente d’une telle phrase. il faut développer, parler des félures, des hospitalisations, et du rebond, longtemps attendu.

Funambule sort ce 5 octobre chez tous les bons libraires. Si vous n’avez pas l’heur d’en connaître, il est possible de le commander, et être rapidement livré.

Vous pouvez le lire comme on lirait un manuel “Qui est Sébastien Bossi en 125 pages”. Vous pouvez l’acheter pour caler un meuble ou simplement pour le ranger dans votre bibliothèque, car le orange pêche de la couverture vous plaît beaucoup. A vrai dire, cela m’irait déjà très bien J’ai essayé de ne pas céder aux sirènes du voyeurisme. j’ai taché de sélectionner les souvenirs à inclure, de me montrer pédagogue. Une volonté m’a guidé, de la première à la dernière ligne : faire mieux connaître la précocité.
J’espère y être parvenu. Vous en êtes les seuls juges. Alors n’hésitez pas à revenir vers moi.

Lisez Funambule car il permet de mieux comprendre vos pairs, à haut potentiel ou non. Lisez Funambule, c’est un message d’espoir. On rebondit toujours, même si le temps en est le principal moteur.

En le lisant, ayez une pensée pour Francis, parti trop tôt pour l’ajouter à sa bibliothèque. Sans lui, Funambule ne serait qu’une froide colère couchée sur papier. Grâce à lui, c’est un vrai livre, qu’on hume, qu’on sent, qu’on range et qu’on prête. On peut en écorner les pages, souligner les jolies formulations et déclamer certaines phrases. J’ai écrit un livre et j’espère qu’il vous plaira.

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Funambule, mon parcours d’enfant à haut potentiel

Par Sébastien Bossi Croci | Préfacé par Olivier Revol

Editions Tom Pousse – 13 euros (200 pages)

8 Commentaires

  1. Pensées pour Francis évidemment, à chaque fois que l’on déambule sur ces pages ou que l’on tente d’en noircir quelque nouvelle. Cher Bonakor, moi qui ai connu les balbutiements des Funambules, tu peux être fier du chemin parcouru.

  2. Le témoignage de Sébastien est bouleversant, magnifique et exprime toutes les souffrances ressenties par les enfants différents à Haut Potentiel. Il est aussi un message d’espoir. Je vous invite de tout coeur à le lire.

  3. Cela donne bien envie de le lire après les premières rencontres d’écrits sur le web… avec l’aval de Patrick Misse en plus , alors, je plonge!!

  4. Heureusement,Sébastien que tu as pu exprimer de façon magistrale le ressenti de tout enfant (c’est la pédagogue qui parle) qu’il soit surdoué, doué tout simplement intelligent ou limité, leur problème est le même que le tien. Voilà pourquoi ton livre est universel et peut être lu par tout jeune et surtout par les parents, quel que soit son “statut”. C’est une leçon d’espoir: oui la jeunesse est belle, oui l’avenir est devant vous, le monde de demain compte sur vous.Je vais commander le livre le lire et le relire. Merci pour ce témoignage, qu’il puisse aider d’autres enfants à trouver leur bonheur et leur équilibre.Une pensée pour le “Dinausore”

  5. J’ai hâte de commencer ton livre . La Fnac vient de m’informer qu’il est en route…….

  6. Le livre est arrivé vers 11 heures, je l’ai ouvert et n’ai pu le lâcher!. Quelle belle écriture! aucune page n’est superflue,Beaucoup d’émotion pour une grand-mère qui a côtoyé de nombreux enfants pendant une carrière d’enseignante. Que d’enseignants ont gâché des vies par des incompréhensions mais heureusement. nombreux sont ceux qui ont permis à des personnalités de s’épanouir. Ce témoignage s’adresse à tous: les parents, les jeunes confrontés aux mêmes angoisses,les enseignants afin que chaque enfant puisse s’épanouir .

  7. Cher Sébastien, merci pour ce livre très pur et sincère, très simple qui permet d’éclairer tant de points, mieux que les livres des psy, je te l’assure.

    Enfin, je mets une idée sur une sourde angoisse que j’ai au sujet de mon fils, à ce moment de sa seconde où plein de choses vont se décider.

    C’est vrai il est injuste d’avoir plus de travail à donner parfois pour compenser la dyssynchronie qui existe aussi sur le plan des apprentissages (le terme n’est surement pas le bon pour le contexte de l’apprentissage mais il sonne juste), mais il faut bien compenser les facilités acquises par ailleurs.

    Bonne vie à toi et merci!

  8. Bonsoir,
    Merci pour ce témoignage poignant.
    Merci pour votre conférence mardi après-midi, journée pédagogique riche en apprentissage.
    Je viens de terminer votre livre, commencé dans la soirée et lu avec une pointe d’angoisse et beaucoup d’attente.

    Enseigner ce n’est pas facile, se remettre en question sans cesse, espérer faire bien, faire au mieux…. et ce nouveau projet d’accueil d’EIP. C’est facile d’essayer de bien faire pour chaque élève quand on n’a pas d’étiquette. Mais quand on se dira établissement d’accueil pour EIP, on se devra d’être à la hauteur, on attendra beaucoup de nous…

    Bonne route à vous.

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