A quoi ça tient, le bonheur ?

Je vais me prêter, une fois n’est pas coutume, au traditionnel bilan de fin d’année. On le sait tous, c’est surtout l’occasion de s’autocongratuler. J’ai rarement été aussi lessivé qu’actuellement. Les vacances étaient indispensables.

Mes dernières remontent à un road-trip dans les rocheuses canadiennes. Frustré de n’avoir pas goûté au froid canadien si souvent décrit, déçu de sorties au ski trop mouvementées, j’ai profité d’un répit relatif dans mes cours pour m’évader, 2 500 kilomètres durant, à Lake Louise, Banff et Jasper. Riche – ou appauvri, plutôt- après mon amende sur Vancouver Island, j’ai conduit de manière responsable, bien mieux informés sur les us et coutumes des routes canadiennes. Figurez-vous qu’on peut dépasser les limites de vitesse, mais seulement de dix à vingt kilomètres/heure. La variation dépend du bon vouloir de l’officier qui croisera votre route. Et vu ma chance, lors de mes précédentes aventures, autant dire que j’avais décidé de la jouer raisonnable : voiture noire, trajet uniquement de nuit, phares éteints, en mode furtif. Pour l’essence, paiement en liquide. Pas de trace, pas d’amende.

Je pourrais décrire des pages durant la beauté des routes, qui serpentent entre rivières et montagne, les forêts gigantesques, les heures passées sans croiser personne, sinon quelques camions, mastodontes des routes, chargés de tronc d’arbres longs comme des immeubles. La majesté des lacs gelés, et la beauté surréaliste de la route des glaciers. Mais pas plus que mes photos, je ne parviendrai à rendre justice à ces paysages.

J’ai eu la chance de beaucoup voyager, dans des pays variés, la stampa argentine, les glaciers chiliens, les déserts tanzaniens et les lagons mauriciens. Ces paysages canadiens figurent en bonne place dans mon top.

Après cela, l’année à Vancouver, pour dire vrai, a défilé plus lentement. J’avais fait mon trou, compris le système. Le quotidien était devenu routinier, et j’étais en bout de course, sans défi ni possibilité de me projeter. Trop proche du départ pour continuer à planifier, trop éloigné du retour pour m’en réjouir. Je ne sentais pas encore le souffle chaud de l’aventure finissante, celui qui pare chaque moment de la saveur de l’exceptionnel.

J’étais, en sus, sous le coup de plusieurs nouvelles enthousiasmantes à plus d’un titre, mais forcé de les garder secrètes. Il y a, d’abord, un aboutissement comme je n’osais en rêver. Funambule, le témoignage sur ma jeunesse a trouvé un éditeur. Le texte posté sur ce site va devenir un livre, un vrai, que des libraires disposeront sur leurs étagères. Certains – toi, peut-être ?- en caresseront la tranche, s’en saisiront. Ils promèneront leurs yeux sur la quatrième de couverture, et s’ils (m’)aiment un peu, le liront.

A mon échelle, c’est vertigineux. J’ai toujours adoré lire, et écrire mon propre livre était un rêve que je pensais ne jamais réaliser. Funambule me tient à coeur à plus d’un titre. C’est d’abord un travail au long cours, écrit sur plusieurs années. Cela traite, ensuite, d’une thématique difficile, le haut potentiel – le fait d’être surdoué. Et pour ajouter au défi, j’avais comme base mes ressentis, mes souvenirs, mon expérience. L’objectif, à tout le moins, était d’aider les gens. Avec l’édition du livre, je peux théoriquement toucher davantage de gens, et améliorer la portée du message. Trouver un éditeur, sans vraiment chercher, relève de la chance, et surtout du concours de Roberta Poulin, l’une des premières à avoir cru en l’intérêt d’une telle entreprise. La sortie du livre est prévue pour le 5 octobre. J’aurais l’occasion d’en reparler.

C’était la première des nouvelles. La deuxième, dont le dénouement est tout récent, consiste en mon admission au CFJ, une (prestigieuse) école de journalisme, à Paris. Que dire ? De la joie, de la fierté, de voir tout le travail fourni depuis plusieurs années aboutir enfin. Une responsabilité, aussi, celle de ne pas décevoir, de tirer au mieux profit de la chance qui m’est offerte.

Ces deux nouvelles, à elles seules, pourraient suffire à qualifier cette année de réussite. A cela s’ajoute Ijsberg. Il y a maintenant un an que nous sommes lancés. Cette première année n’a pas été de tout repos. Il faut toujours prouver, et composer avec des audiences qui jamais ne satisfont nos ambitions. Non qu’elles soient faibles, loin de là, le bilan est positif à cet égard, mais le temps dévolu au projet, les sujets publiés, l’exigence que nous nous imposons (sans qu’elle soit vraiment perceptible vue de l’extérieur), tout nous pousse à en vouloir toujours davantage.

Y a-t-il plus de mauvais que de bons moments ? Probablement. L’entreprenariat est un combat de chaque instant. Il faut convaincre le public, les investisseurs, nos proches. Il faut croire, contre vents et marées, malgré des critiques parfois injustes, en notre projet.

Il faut composer, et cela n’a jamais été mon fort, avec l’incompréhension et l’injustice. Nous ne sommes pas dans l’industrie, dans la production ponctuelle. Chaque jour, nous sortons plusieurs articles. Difficile à ce titre de mesurer la réussite. L’étalon maître est la satisfaction des lecteurs, les remerciements de journalistes. L’égoïste satisfaction du devoir accompli. Et c’est terriblement fatiguant. Heureusement, c’est stimulant, formateur, motivant. Chaque matin, je me lève heureux d’aller au travail. Je n’en pars qu’épuisé. Beaucoup rêveraient d’être à ma place, et probablement que je ne l’échangerai pour rien. Il n’empêche, il est très dur, de l’extérieur, d’imaginer nos difficultés et les épreuves traversées.

Mes huit mois à Vancouver ont été formidables. Peut-être cela ne transparait-il pas, noyé au milieu de ces autres informations. Mais la ville me manque, son crachin, la décontraction des habitants, leurs sourires, leur hospitalité, et les amis rencontrés là-bas, évidemment. Je les retrouverai avec plaisir. Certes, je n’ai probablement pas autant profité que d’autres, mais c’est ainsi.

Je suis parti l’âme en peine. J’avais perdu un mentor et ami. J’ai craint d’être incapable de progresser, de continuer à rester exigeant, de le décevoir. Je sais qu’il aurait été fier de mon année. La sortie de Funambule lui doit beaucoup. Après l’été, tout recommence. Il faudra repartir au charbon. D’ici là, bonnes vacances à tous.

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