Le jour où une amie a fait une commotion cérébrale

Photo : Bill Devlin/Flickr

Je t’imagine, déjà, lecteur, craindre la déception après un titre si prometteur. Tu t’interroges sûrement sur la métaphore que peut bien recouvrir l’intitulé de ce formidable article (si, si).

Tuons tout suspens, tout est vrai. J’ai vraiment une amie. Elle a vraiment fait une commotion cérébrale. Avec perte de mémoire. Et je l’ai sauvée. D’ailleurs, j’ai longtemps hésité à appeler cet article « moi, Bonakor, superhéros des Internet, mec inoubliable, mais amoureux transi ». Cela aurait été exagéré. Parfois, les gens m’oublient. Ils me garantissent qu’ils vont m’écrire, puis en fait non. Ma boite mail reste désespérément vide.

Passons.

C’était un beau vendredi d’hiver, comme il y en a tant à Vancouver. Il faisait gris. Il pleuvait. C’était humide et froid. Un vendredi parfait, donc. J’avais loué une voiture. Le site web indiquait « grand coffre, on peut y mettre un vélo. » Confiant, j’avais donc trouvé quatre covoitureurs, dont trois avec équipement complet de ski.

5 h 30.

Étaient-ce les gouttes de pluie contre ma fenêtre, pas un bruit ne venait rompre le silence de fin de nuit. La veille au soir, mes colocataires latino-américains ont trinqué à la gloire de la cocaïne qui leur sert à payer leurs études. Ils avaient – comme d’habitude — laissé leurs restes de fajitas sur la table à manger.

Dehors, sur le parking, première déception. Quand j’attendais une voiture de location grande et racée, j’ai eu le pendant américain de la Clio. Bêtement, j’ai tourné plusieurs fois autour de la voiture, espérant sans doute pouvoir l’agrandir, par je ne sais quelle magie. Évidemment, ça n’a pas marché. Alors, j’ai réfléchi à la manière la plus simple de caler quatre paires de skis et cinq de fesses. Nouvel échec. J’ai plié la banquette arrière, inséré mes skis. En voiture.

C’était la première fois que je conduisais au pays des Caribous. J’étais un peu tendu. J’ai passé cinq minutes à essayer de desserrer le frein à main. J’ai tiré, appuyé, accéléré. Rien n’y a fait. Je suis sorti de la voiture. L’ai fermée, puis rouverte. J’ai tout repris à zéro. Par dépit, j’ai arrêté d’agir logiquement, si tant est qu’on puisse faire preuve de logique à 6 h du matin.

J’ai pressé les pédales une à une, puis – enfin ! — le frein à main s’est résolu. J’avais gagné.

Sur la route

J’ai d’abord récupéré Claire. Tuons le mystère, c’est elle qui va perdre la mémoire et souffrir à la limite du supportable d’ici quatre grosses heures. Avec elle, je n’ai pas fait de détails non plus. J’ai empilé ses skis sur les miens. Elle s’est assise à l’avant.

Nous sommes allés récupérer les deux autres skieurs à leur résidence. Comme prévu, ils avaient de vrais skis, avec des grands bâtons et des casques rigides. Ils ont vu la voiture et, en bons Anglais, ont tout de suite imaginé comment faire rentrer tout notre matériel dans un coffre de la taille d’une boite à chaussures. En réalité, ils m’ont regardé sans bouger essayer de caser tout le matériel dans la voiture. Et comme je suis français, fier et supérieurement intelligent par rapport aux Brittons à la peau pâle, j’ai réussi. On avait pris soin de laisser une place à Giulia, qui nous attendait depuis plus d’une demi-heure.

Nous avons parlé pendant presque tout le trajet. Deux heures à tout savoir des accents anglais, de ce que les Anglais pensent de nous, d’à quel point nous sommes ou non ridicules. On a aussi appris que sur les cartes, la Grande-Bretagne apparaît plus grande qu’elle ne l’est. Question d’ego ont justifié ses représentants.

Un peu avant 9 heures, j’ai déposé tout ce beau monde au bas des pistes.

On a pris une télécabine, dans laquelle j’ai reçu une notification du Monde – nous étions le 16 janvier 2015, quelques jours après les attentats —. J’en parle à Claire. Nous divaguons quelques instants. Notre compagnon de cabine, un Américain, nous coupe.

« Do you speak english ? ». Évidemment. Il nous a donc entretenus de Charlie, de ce qu’il en comprenait – ou non — et de ce qu’il en pensait. Ces jours-là, j’ai trouvé très intéressant de voir à quel point les réactions pouvaient différer selon les nationalités, les Américains étant en règle générale bien plus marqués et compatissants que les Européens.

Arrivé en haut, j’ai serré les skis de Claire, un peu au hasard, je dois dire. Je n’allais pas tout de même pas lui demander son poids. J’ai fixé à 75 kilos, au cas où. Comme dit mon père « il vaut toujours mieux se casser le genou que perdre un ski ».

On a fait une piste, puis une deuxième. Sur la droite, en remontant, j’ai distingué trois skieurs en hors-piste, qui slalomaient entre les arbres. Arrivé en haut, j’ai décidé de faire de même et ai retrouvé Claire en bas, plus fatigué que je ne l’espérais. Retour au télésiège. Sur le siège, on a rencontré un Australien encore saoul de la vieille, et bien déterminé à le rester, à en juger par la canette de bière dans laquelle il s’est plusieurs fois hydraté. Il nous a entretenus, mais je n’ai pas grand souvenir de son discours déconstruit. Je me souviens avoir abordé avec Claire ce cher Michael, à l’état de légume dans sa royale propriété allemande.

La chute

Sur la piste, tout allait bien. Il avait neigé un peu la veille. Une fine couche de poudreuse recouvrait une neige plus dure, gelée en plusieurs droits. Je glissais avec majesté. Les skieurs s’arrêtaient sur mon passage pour me regarder descendre. Flexion, extension. Flexion, planté de bâton, extension. Killy n’aurait pas fait mieux.

Nous avons bifurqué à gauche, sur une piste un poil plus pentue. Et là, patatras.

J’ai entendu Claire tomber. Deux snowboardeurs et une skieuse qui nous suivaient se sont presque tout de suite arrêtés à ses côtés. J’ai attendu dix mètres plus bas. La skieuse est venue me dire que Claire pleurait. Je ferais mieux de monter voir. Je me suis exécuté.

Première crainte : qu’elle n’ait pas déchaussé, qu’elle se soit brisé un genou et qu’elle me gâche ma journée.

J’ai vite été rassuré : elle avait déchaussé.

Je la prie de m’excuser par avance, à partir de maintenant, elle ne sera guère dépeinte à son avantage.

Elle n’était pas tout à fait indemne. Elle semblait sonnée, mais pas souffrante. Son visage était rougi par le froid. Je lui ai fait enlever son casque et lui ai proposé de l’eau. Son masque était fracassé en deux. Je me souviens lui avoir dit avec un réel aplomb, malgré la conscience de la débilité de ma phrase « heureusement que tu avais le casque ». Elle semblait aller plutôt bien. Elle m’a demandé comment elle était tombée, ce à quoi j’ai répondu n’en savoir trop rien. J’avais moi-même failli tomber sur une plaque de verglas au-dessus. Elle avait dû se laisser piéger.

Elle m’a dit qu’arrivée en bas, elle se reposerait probablement devant un café. Je n’avais rien contre. Elle m’a demandé de nouveau comment elle était tombée. À ce moment-là, je n’ai pas pris la mesure de sa perte de mémoire. Elle était choquée, rien de plus normal à ce qu’elle tente d’en savoir davantage sur les causes de la chute.

J’ai répondu exactement comme la première fois. Elle a répondu « quand même, heureusement que j’avais mon casque, je ne skierai plus sans ». Je lui ai dit de se poser, qu’on repartirait quand elle serait prête. Elle a bu de l’eau. A regardé autour d’elle puis a réitéré sa question sur les circonstances de la chute. À un moment, je crois qu’elle s’est demandé comment on était arrivés là. Elle n’avait plus de souvenirs précis de notre trajet en voiture. Je suis resté calme. Je savais que cela pouvait arriver. J’aurais tout le temps de m’inquiéter si elle persistait dans sa bêtise.

On a fini par repartir en direction du restaurant d’altitude. Je m’attendais à devoir aller très lentement et à la rassurer. Il n’y a même pas eu besoin. Elle a skié comme si la chute n’était pas arrivée. Et dans sa tête, c’était probablement le cas.

« C’est amusant, j’ai une amie qui est devenue débile »

Arrivé au restaurant, cela n’allait pas mieux. Je gardais un sourire de façade, mais commençai à m’inquiéter. J’ai essayé d’appeler ma chère mère, médecin. Sans réponse. Mes amis d’Ijsberg, passé quelques instants de surprise, m’ont conseillé d’appeler les secours.

Toutes les cinq minutes, Claire reposait les mêmes questions, avec les mêmes termes. Dépaysant. Elle disait « je sens que ça revient », mais après lui avoir expliqué comment elle était tombée pour la quinzième fois en quarante minutes, je me suis résigné à tirer une croix sur ma journée de ski.

Je suis allé interroger la serveuse en anglais. « Une amie est tombée sur la tête. J’espérais que ça aille mieux, mais elle continue à me poser les mêmes questions depuis plusieurs dizaines de minutes. Il y aurait moyen de la faire interner examiner ? ». La serveuse m’a compris du premier coup et m’a souri. J’ai senti que mon côté Superman commençait à faire son effet et me suis mis à rêver à de free food. Elle est allée chercher un pisteur.

Je suis retourné auprès de Claire. Elle est partie aux toilettes. Et là, j’ai commis ma première erreur : je ne l’ai pas accompagnée. J’aurais dû. Étant donné l’état de son cerveau, arrivée aux toilettes, elle avait déjà très probablement oublié ce qu’elle voulait y faire. Je pense que sa vessie l’a ramenée à la raison. Mais en sortant des toilettes, elle s’est perdue. Elle ne devait plus savoir où nous étions ni qui l’accompagnait. J’ai vite réalisé mon erreur, mais ne pouvais prendre le risque d’aller la chercher, j’aurais pu louper le pisteur ou la louper elle. Elle a dû remonter les escaliers et fait un tour du restaurant. Étant la seule tête connue, elle a dû comprendre qu’on était ensemble.

Le pisteur est arrivé. J’espérais une infirmière australienne, j’ai eu un moustachu canadien avec un prénom bizarre. Il a sorti un petit carnet et a demandé à Claire de retenir trois mots. À peine fini la question, je suppose qu’elle avait déjà oublié. Le diagnostic n’était pas difficile à établir : elle était débile. Incapable de se rappeler de la chute ou de ce qui précédait à court terme et d’enregistrer le moindre souvenir depuis son vol plané face dans la neige. Son masque brisé ne laissait guère de doute, elle était tombée tête la première.

Il y avait deux possibilités à ce stade-là : soit son cerveau se remettait en route rapidement, soit elle avait une hémorragie interne, ce qui veut dire que son cerveau pissait le sang, lequel remplissait la boite crânienne, qui n’est pas vraiment extensible. Le cerveau aurait donc pu se noyer.

On a décidé d’aller à l’hôpital de Whistler. Elle avait l’air d’une ravie, un peu assommée, souriante, pas vraiment inquiète. Et je n’étais guère plus inquiet. Elle est descendue en remontées mécaniques avec le pisteur, je suis descendu à ski. Et je n’ai pas traîné.

Quel jour sommes-nous ?

J’avais pensé à un problème potentiel. Si elle arrivait avant moi à l’hôpital, elle oublierait probablement de me prévenir, n’ayant aucune conscience qu’on était monté ensemble. Or, je n’avais aucune envie de demander aux infirmières de m’orienter.

Je suis arrivé en premier. Elle n’a pas tardé à suivre. Il devait être environ 11 h 30. Et il y avait déjà la queue. Un homme avec le nez en sang, un bébé en pleurs, un jeune avec le bras cassé… Un hôpital de station de ski en somme.

De base, même si j’ai grandi dans une famille de médecins, je ne suis pas particulièrement dans mon élément dans les hôpitaux. J’aime beaucoup les gens heureux et bien portants. Cela ne court généralement pas les couloirs froids et blancs où l’on gare des brancards.

Une dame a fini par l’appeler. Rebelote pour les questions basiques pour mesurer l’étendue des dommages cérébraux.

« _ Comment tu t’appelles ?

_ Claire.

_ Je vais te donner trois mots, tu dois les retenir, OK ?

_ OK.

Je savais pertinemment qu’elle n’y arriverait pas.

_ Les mots sont : taxi, vert, espoir (en anglais).

_ Tu viens d’où ?

_ Paris. (Sourire fier)

_ On est où ?

_ Whistler, je pense.

_ Quel jour sommes-nous ?

À ce moment-là, j’ai vu dans son regard qu’elle n’en savait rien. Elle a souri pour nous rassurer, mais elle n’avait pas la moindre idée de la date. Ma tension est montée d’un cran.

_ Je ne sais pas.

_ Une idée ?

_ November ?

Quand elle a dit ça, j’ai eu envie de la secouer très fort pour voir si ça l’aidait à se rappeler. Je me suis retenu.

_ L’année ?

_ 2014.

On ne panique pas.

_ Nous sommes le 16 janvier 2015 », lui a dit l’infirmière. Claire a accusé le choc.

Évidemment, elle avait oublié les trois mots.

L’attente

Nous sommes retournés nous assoir en attendant qu’un médecin s’occupe de nous. Claire n’était pas en train de mourir la bouche ouverte, mais tout de même, l’attente commençait, à être pesante.

J’ai réalisé que si Claire avait oublié les deux derniers mois, elle avait aussi oublié les attentats de Charlie Hebdo, qui l’avaient beaucoup marquée. Or, sur nos téléphones, nous avions un autocollant « je suis Charlie ». Mes parents m’ont rappelé. Ils ne m’ont pas été d’une grande aide, même s’ils restent les meilleurs parents du monde. Ils ont confirmé ce que onze saisons de Grey’s Anatomy m’avaient permis de conclure : ton amie est débile.

J’ai décidé de ne pas prévenir la France pour l’instant. Si je prévenais les parents de Claire, j’avais peur de les inquiéter et de les condamner à une nuit blanche alors même qu’ils ne pouvaient rien faire pour aider leur fille bien-aimée. Idem pour son copain. C’était amusant. Claire jouait avec son téléphone. Dès qu’elle regardait l’heure, elle voyait la date. Une date qui n’était absolument pas logique. Elle déverrouillait donc son écran d’accueil, tirait le volet de notifications et obtenait la confirmation que quelque chose ne tournait pas rond.

Comme son cerveau faisait un reset toutes les cinq minutes environ, elle n’avait pas le temps de paniquer. À peine réalisait-elle ce qui lui arrivait qu’elle oubliait tout à nouveau. Moi, je me contentais de répéter en boucle les mêmes réponses. Ceux qui me connaissent savent pourtant que ce n’est pas mon fort.

Elle a fini par voir l’autocollant Charlie Hebdo. J’ai inversé les rôles.

« Tu penses que c’est quoi l’autocollant ? 

_ Je ne sais pas. Charlie, Charlie Hebdo ?

_ Oui. Mais encore ? 

_ Il s’est passé un truc grave, non ?

_Oui, il y a eu un attentat.

_ On a retrouvé les gens, non ?

_ Oui. »

Elle s’en souvenait un peu. L’événement l’avait suffisamment marqué pour qu’elle en garde quelques souvenirs. C’était rassurant. J’avais vraiment peur de devoir lui décrire par le menu la semaine qu’avait vécu la France.

Elle continuait à poser les mêmes questions en boucle : « Où on est ? Il m’est arrivé quoi ? Ça va revenir ? Mes parents sont prévenus ? Heureusement que je portais un casque, non ? »

Mémoire de poisson rouge

Un médecin a fini par nous appeler. Il a réexaminé Claire, lui a reposé les mêmes questions. À l’exception de son encéphalogramme totalement plat, tout allait bien. Il ne lui a pas fait passer de scanner ou d’IRM. Il a testé ses réflexes, vu qu’elle ne se souvenait de rien et est reparti.

Je l’ai vu interroger le médecin résident. Claire continuait à découvrir la vie toutes les cinq minutes.

De temps en temps, je tentais des nouvelles réponses ou de lui rappeler qu’elle m’avait emprunté 100 dollars. Étrangement, dans ces moments-là, elle était parfaitement consciente. Elle était obsédée par sa nuit du Nouvel An, sauf que je n’avais aucune réponse valable à lui fournir. Elle est alcoolique, j’imaginais qu’elle avait fini la nuit dans un caniveau à vomir la poutine du réveillon.

Dans ces cas-là, je lui demandais de deviner. Elle se créait sa propre réalité, c’était bien. Les souvenirs entre début décembre et mi-janvier avaient été écrasés. Pour éviter de répéter en permanence la même chose, je la faisais parler de son enfance, dans les mines. La suie qui piquait ses yeux, les sacs de roches qu’elle devait transporter sur son dos d’enfant plusieurs fois par jour, la soupe avec les bouts de pain rassis que sa mère lui servait au dîner, le père chasseur d’ivoire qui s’absentait plusieurs mois durant. C’était bien plus intéressant qu’une matinée de ski au Canada.

Vers 14 h 30, je n’avais toujours prévenu personne. Le médecin ne m’avait donné aucune consigne. Il n’était en fait pas revenu. Donc je continuais à répondre à ses questions, toujours avec la même application et sans rien laisser paraître de mon inquiétude.

Le médecin résident est venu l’examiner. Elle m’a demandé si l’état de Claire s’était amélioré. C’était très dur à juger : elle ne posait plus forcément les mêmes questions, semblait avoir intégré et retenu plusieurs informations. Par exemple, elle avait à peu près enregistré la date du jour.

En réalité, je pense que son cerveau compensait la faiblesse de sa mémoire : elle avait saisi que la date que lui soufflait son intuition était erronée. Donc elle ajoutait un an. Elle pensait parfois que nous étions en janvier 2016 ou 2014. Mais j’ai décidé d’y voir un progrès. Le médecin a dit vouloir la garder plusieurs heures en observation. Ils voulaient lui éviter les rayons X, dont les effets peuvent être néfastes sur les jeunes. Le meilleur moyen de savoir si son cerveau se noyait dans le sang était donc d’attendre qu’elle devienne complètement folle. On devait attendre, continuer à répondre à ses questions et la forcer à retenir deux choses : la date et les trois mots.

Taxi, green and hope.

Il était presque minuit. J’ai décidé de laisser passer la nuit à la France et de prévenir ses parents plus tard. J’ai par contre prévenu la covoitureuse qu’on devait ramener à Vancouver. Nous ne pourrions pas respecter le planning initial, je devais l’en informer suffisamment en amont pour lui laisser la chance de trouver un bus. Par chance, elle a été adorable, elle a tenu à venir à l’hôpital.

Elle m’a même amené un hamburger ! Et je n’avais pas mangé à midi, donc je l’ai accueillie avec une joie non dissimulée. Une fois briefée, elle a accepté de me relayer le temps que j’aille manger dehors et m’aérer un peu. J’étais au chevet de Claire depuis six heures désormais. Il me fallait couper quelques instants.

On a aussi prévenu une amie proche de Claire, une Anglaise, présente à la station. Elle est venue à l’hôpital. En bonne Anglaise, elle avait une solution à proposer : a cup of tea.

Elle a réitéré la proposition à plusieurs reprises. Claire a refusé à chaque fois. Les médecins ont fini par nous laisser partir. Claire commençait à se souvenir. Et l’hôpital avait besoin de son lit pour des patients. Ils nous ont gentiment mis dehors.

Sur la route du retour, j’ai réussi à prévenir des Français de la fac, sans trop les inquiéter. Claire ne pouvait rester la nuit seule chez elle, et si j’étais prêt à rester dormir dans le froid de son salon, j’avais besoin de passer chez moi me laver. Il fallait donc des gens pour vérifier qu’elle ne recommençait pas à poser des questions débiles et pour la rassurer.

Quand elle est partie se coucher, on lui a fait écrire une lettre à elle-même, comme dans Mémento. Il s’agissait de lui fournir des réponses en cas de nouvelle amnésie au réveil.

Au bout d’une dizaine de jours, son cerveau s’est remis à fonctionner à peu près normalement : elle était à nouveau capable de se concentrer et lire un livre. Quant à moi, je suis depuis lors « celui qui l’a sauvée », ce qui m’assure une bonne première impression auprès de ses amies. Comme quoi, ça valait le coup de mal serrer ses skis.

 

PS 1 : Mon père ne m’a pas vraiment dit qu’il valait mieux se casser un genou que perdre un ski.

PS 2 : Le père de Claire n’est pas vraiment chasseur d’ivoire, il est charron.

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