Ecosse: les enjeux du référendum

“For as long as but a hundred of us remain alive, never will we on any conditions be brought under English rule. It is in truth not for glory, nor riches, nor honours that we are fighting, but for freedom – for that alone, which no honest man gives up but with life itself”.

(Declaration of Abroath, 1320)

Pour la première fois, un sondage réalisé dans l’optique du référendum du 18 septembre accrédite la possibilité de voir l’Ecosse indépendante. La campagne Yes Scotland était jusqu’alors largement distancée par Better Together, les mêmes instituts de sondage donnant il y a encore un mois un écart d’une vingtaine de points en défaveur des indépendantistes. Si les Ecossais faisaient ce choix, celui-ci aurait d’importantes répercussions, d’abord sur le Royaume-plus-vraiment-Uni, et même bien au-delà d’Albion.

Le Royaume désuni

Entre Édimbourg et Londres, la relation est empreinte d’une histoire troublée et violente. Marqué par le militarisme, le pays de Macbeth s’est longtemps caractérisé par une opposition sans faille à l’envahisseur anglais, célébrant encore aujourd’hui les plus farouches de ses combattants, à l’instar de William Wallace. Le triomphe de la reine Elisabeth Ier sur sa rivale Marie Stuart, combiné à l’absence de descendance royale anglaise, permettait à Jacques Ier, déjà roi d’Ecosse, de monter sur le trône d’Angleterre et d’Irlande du Nord en 1603. Suite à l’unité du souverain, l’union des royaumes était scellée en 1707.

Cela n’allait néanmoins pas tuer le nationalisme écossais, les nordistes se caractérisant par une différence culturelle et linguistique réelle, ainsi qu’à des aspirations actuelles beaucoup plus affirmées en terme de justice sociale et d’environnement. La Devolution, opérée par Tony Blair en 1997, permettait aux highlanders d’obtenir, à l’instar du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord, leur propre parlement, et de jouir ainsi d’une relative autonomie. La victoire du Scottish National Party et de son leader Alexis Salmond aux élections parlementaires de 2007, forçant David Cameron à organiser un référendum sur la question écossaise, vient peut être porter un coup fatal à l’Union Jack.

Pour Londres, l’enjeu est loin d’être négligeable. Alors que le Royaume-Uni est en pleine campagne électorale et se déchire sur la question européenne, la perspective de se voir amputé d’un tiers de son territoire, conjuguée à la distanciation du continent européen, est vue par beaucoup comme un choc régressif, néfaste au pays. La symbolique serait également forte, obligeant Londres à modifier son si célèbre drapeau, auquel il faudrait retirer la croix blanche de St Andrews. Sur le plan purement économique, la perte d’importantes ressources gazières et pétrolières, dont sont remplis les fonds écossais en mer du nord, ne serait pas anecdotique. Par ailleurs, le processus électoral en cours serait profondément affecté, sans qu’aucun des partis en course pour les élections générales de 2015 n’ait à y gagner. Personnellement engagé contre l’indépendance, le Premier ministre David Cameron a exclu de démissionner si les urnes devaient décider de celle-ci, mais verrait dans pareille hypothèse sa crédibilité politique mise à mal. Pour le chef de l’opposition Ed Miliband, la perte de l’Ecosse serait un véritable désastre politique, celle-ci députant à Westminster pas moins de 41 parlementaires travaillistes, contre… 1 seul conservateur!

Le réveil des nations

Sur le vieux continent, le scénario d’une Ecosse indépendante est redouté par Madrid, pour qui il pourrait donner des ailes au nationalisme catalan, dont l’exacerbation est prévisible à l’occasion de la consultation devant avoir lieu avant la fin de l’année. Le gouvernement espagnol a déjà prévenu qu’il opposerait son veto à toute demande d’adhésion de l’Ecosse indépendante à l’Union Européenne, de manière à limiter la capacité de cet exemple à faire des émules. L’ancien président de la commission européenne Jose Manuel Barroso avait écarté la possibilité pour l’Ecosse de devenir de facto membre de l’Union. Il est particulièrement intéressant de noter que ces prises de position, de même que celles de Londres sur le refus de partager le sterling, ont eu pour effet d’accroître l’écho du discours indépendantiste, par esprit de résistance à ces contraintes extérieures vues comme autant d’ingérences peu à propos.

L’onde de choc impulsée par l’épicentre écossais pourrait faire de quelques autres régions du monde autant de répliques éparses. Sur les réseaux sociaux, on notait d’abondants messages de soutien en provenance du Québec, où le dernier référendum, tenu en 1995, avait écarté la perspective d’une indépendance par seulement 50,58% des suffrages. Aux prises avec des difficultés internes, même moins prégnantes qu’en 2010-2011, la Belgique pourrait également s’attendre à une recrudescence des interrogations sur sa viabilité.

L’importance du référendum du 18 septembre est donc établie pour ce qu’il resterait du Royaume-Uni, dont le retour à la prospérité pourrait être stoppé net par une période incertaine, ébranlant la confiance des forces vives du pays vis à vis de l’avenir. Le retentissement du vote est loin d’être réductible à ses seules conséquences insulaires, la dynamique de retour en force des nations, à l’oeuvre depuis la chute du mur de Berlin, pouvant être  confortée, voire accélérée, par le suffrage des Écossais.

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