Morland

Pour l’emporter en 2012 le candidat Sarkozy mise sur l’action du Président

décryptage voeux nicolas sarkozy 2012

© Présidence de la République - P. Segrette

A travers ses voeux pour 2012, Nicolas Sarkozy a dressé les axes de son action des prochaines semaines avec en ligne de mire l‘élection présidentielle.

 

Des voeux de politique intérieure

C’est ce qui frappe dans cette allocution télévisée d’une dizaine de minutes. D’emblée le chef de l’Etat évoque les principales préoccupations des français, à savoir l’emploi et le pouvoir d’achat, en brossant un portrait sombre de la situation économique internationale. On retrouve même des accents quasi churchilliens dans l’évocation de « la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale » et la volonté présidentielle de convaincre que la gravité de la situation n’a jamais été dissimulé aux français. Fort de ce constat, le Président de la République loue ensuite la politique économique du gouvernement, grâce a laquelle « la France a préservé l’essentiel » à savoir le fameux triple A que les Etats-Unis ont perdu. Il égrenne ainsi la réforme des retraites, brandie comme brevet de courage politique et de sens de la responsabilité, et les mesures de réduction des dépenses publiques preuve que « le gouvernement a fait ce qu’il fallait »‘. La situation de la France est ainsi mise en parallèle avec celles des pays qui ont été le plus durement touchés par la situation économique c’est à dire la Grèce, L’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et même les Etats-Unis.

Très marqués par une crise « qui n’est pas terminée », ces voeux font passer à la trappe toute la politique internationale à l’exception d’une brève allusion au couple franco-allemand. Il est même assez étonnant que Nicolas Sarkozy ne mentionne pas les succès diplomatiques français (comme l’intervention en Libye) lorsqu’il dit avoir une pensée pour les soldats français engagés dans des opérations extérieures. Le chef de l’Etat aurait ainsi pu se référer aux révolutions arabes pour illustrer les « raisons d’espérer » qu’il semble entrevoir dans un contexte troublé et que l’on a du mal à trouver dans ses voeux. Cela aurait en plus été l’occasion de mettre en valeur son action. Même si le Président sait bien que la politique étrangère ne rapporte quasiment aucun bénéfice sur la scène intérieure (l’intervention en Libye n’a ainsi pas dopé sa popularité), la décision de ne pas faire allusion à la politique internationale a néanmoins de quoi troubler. Il est vrai que Nicolas Sarkozy pense avoir une « stature » suffisante sur la scène internationale et que les sondages lui prêtent un handicap important face à François Hollande en ce qui concerne la proximité avec les français et leurs préoccupations. C’est là que réside le véritable enjeux des prochains mois.

Trois priorités avant l’élection présidentielle

Dans son discours de Toulon du 1er décembre dernier, Nicolas Sarkozy avait annoncé la tenue d’un sommet social le 18 janvier prochain. Deux des priorités évoquées au sein de ces voeux y sont liées: la question de l’emploi et de la formation des chômeurs ainsi que celle du financement de la protection sociale. Sur le front de l’emploi, l’exécutif promet des initiatives prises à la suite de ce sommet et avant la présidentielle, notamment avec une flexibilisation accrue du droit du travail à travers des « accords compétitivité-emploi ». Pour ce qui est de la protection sociale, le Président prépare déjà depuis un certain temps les esprits à une forme de « TVA sociale » ou « anti-délocalisation » qui consisterait à « financer notre modèle social par les importations ». En clair on allège les charges pesant sur le travail pour les transférer sur la TVA. D’autres pistes sont évoquées pour ce sommet du 18 janvier comme une modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de la taille des entreprises. Si le chef de l’Etat a évoqué les thèmes qui seront abordés, il s’est bien gardé de décliner des mesures concrètes, rappelant à deux reprises sa volonté « d’écouter » les propositions des partenaires sociaux. Néanmoins, certains voient à travers les thèmes mis sur la table par l’Elysée une volonté d’anticiper le programme économique du candidat Sarkozy, qui serait ainsi mis en oeuvre avant l’élection.

Le troisième chantier est celui de la taxe sur les transactions financières, qui est aussi devenu l’un des chevaux de bataille d’un Nicolas Sarkozy prêchant en sa faveur avec la foie des récents convaincus. Discutée au G20 de Cannes en novembre dernier, elle permettrait de faire contribuer la finance, « largement à l’origine des difficultés actuelles », à la résolution de la crise en soulageant d’une manière ou d’une autre les finances publiques des pays européens. La commission européenne planche en ce moment même sur un tel projet et l’axe franco-allemand doit présenter un projet en ce sens le 23 janvier. Le Président compte sur une percée au cours du conseil européen du 30 janvier, ce qui lui permettrait de frapper un grand coup à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle. Il devra sans doute (encore) ferrailler avec le Premier ministre britannique David Cameron et espère au moins faire adopter une telle taxe par les membres de l’eurozone, ce qui aurait plus de poids qu’une taxe franco-française ou même franco-allemande. S’il le faut, le chef de l’Etat est néanmoins prêt à « y aller tout seul » en espérant que les autres pays européens le rejoignent.

A travers les derniers voeux télévisées de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a lancé une séquence qui va durer tout le mois de janvier et lui permettre de décliner ses voeux à différents corps de métiers et à diverses corporations (forces armées, monde rural, culture, diplomatie, partenaires sociaux…). Ce calendrier s’inscrit dans le prolongement de la stratégie de représidentialisation, qui a plutôt bien fonctionné jusqu’ici. Il s’agit du dernier temps avant la campagne pure et simple, celle des meetings et des déplacements qui suivra la déclaration de sa candidature. Toujours distancé dans les sondages malgré une tendance à la hausse, le Président cherche à imposer ses thèmes avant de se jeter à corps perdu dans la bataille. Il doit néanmoins composer avec un contexte économique international extraordinairement instable qui pourrait jouer les troubles fêtes en pleine campagne électorale. C’est pourquoi, face à toutes ces difficultés, il entend prendre des « initiatives fortes ». Il pourrait s’agir d’un livre ou d’une lettre aux français sur le modèle Mitterrand 1988 pour reconnaître certaines « erreurs », comme il l’a fait dans ses voeux. Cette grande explication est en tout cas attendue par le pays.

Alors que depuis environ 1 an l’Europe et le monde naviguent dans des eaux troubles et inconnues, la campagne présidentielle de 2012 qui semblait ne pouvoir échapper à un désenchantement certain s’annonce cruciale pour le pays et véritablement passionnante.

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6 comments

  1. Visiteur

    Je bute sur le « stratégie de représidentialisation, qui a plutôt bien fonctionné jusqu’ici. ». Cette stratégie ne décolle pas pour l’instant, le président sortant étant toujours aussi impopulaire et critique, et ce même par les Institutions et personnalité européennes et mondiales. Qu’est ce que tu (vous?) entends(ez) par cette expression ?

  2. Morland

    Morland

    La représidentialisation a été amorcée fin 2010 suite à la séquence catastrophique du discours de Grenoble qui marquait un grand coup de barre à droite. Cette séquence là avait été un échec, le Président était menacé de ne pas figurer au second tour, Marine le Pen lui collant aux basques dans les intentions de vote. La question de sa candidature était même posée par certains observateurs mais aussi des élus de droite. Aujourd’hui la menace Marine le Pen est éloignée et Nicolas Sarkozy sera selon toute vraisemblance au second tour. Plus personne dans son camp ne remet en cause sa candidature.

    En terme de popularité la poursuite de la représidentialisation couplée à la séquence internationale de fin 2011 a permis un important gain dans les sondages en novembre-décembre.

    Pour un topo sur la représidentialisation, voir: http://www.candidatarien.com/2011/07/09/elysee-express-sarkozy-ou-le-retour-de-la-methode-pilhan/

  3. Visiteur

    Pas d’accord.
    D’abord dans tes constats. Sarkozy sera de tout vraisemblance au deuxième tour ? Rien de moins sur. Si le spectre de Marine Lepen semble reculer, du à son entrée en campagne beaucoup trop tôt et un programme archaïque et impossible à mettre en place, on sait très bien qu’un événement de type attentat ou fait divers ( ce que je ne souhaite bien pas, bien évidemment) peut très bien rallumer la flamme populiste. De plus, il est difficile d’estimer le niveau du FN dans les sondages. Bien que Lepen fille a beaucoup œuvré pour dé-diaboliser le FN, les électeurs ont encore du mal à assumer ce vote. Conséquence : les instituts de sondages sous estiment le poids du parti populiste.
    Deuxième doute sur la présence de Nicolas Sarkozy au second tour, c’est la montée en puissance de François Bayrou. Si ça préscence au second tour est certes improbable, elle est loin d’être impossible. Jusque là, il est le seul à avoir réussit son entrée en campagne, en entrainant un certain engouement autour de son programme. Mieux, il mène les débats (acheter française, éducation, droits des homosexuels). De plus, certains indices peuvent faire penser à un désistement de De Villepin, qui se rangerait sous la banière Modem. Affaire à suivre.

    De plus, la séquence internationale n’a eu qu’un impact très modéré sur la popularité du Président sortant. Comme le dit l’adage, « on ne remporte pas une élection sur un bilan internationale »

    Et pour ma part, je juge qu’il n’est pas vraiment revenu sur son discours de Grenoble, très porté à droite. Il suffit d’observer la présence de Guéant, et ses déclarations pour le moins…controversé ou de Longuet.

    Voilà, donc pour moi, le Président sortant est très en difficulté, et sa présence au second tour n’est pas assuré. Cependant, il reste un requin politique en campagne et pourrait bien se refaire une santé,une fois sa candidature annoncé, mais il est difficile pour l’instant de jauger enthousiasme que pourrait susciter un président si impopulaire.

  4. Morland

    Morland

    En premier lieu compter sur un attentat pour dire que le front peut passer le premier tour est assez déroutant. Avec des « si » la candidature de Morin pourrait être intéressante. Et je pense au contraire que le front est surestimé comme en 2007, les sondeurs ayant peu de refaire la même boulette qu’en 2002. Cela ne veut pas dire que le front n’est pas à un haut niveau mais il n’est surement pas sous-estimé.

    Pour ce qui est de la dynamique Bayrou, il y en a bien une mais ce n’est pas non plus une chevauchée fantastique. Et elle peut plus désservir Hollande, qui dévisse mécaniquement depuis l’apogée post-primaire, qu’à un Sarkozy disposant encore d’une marge de progression par rapport à son niveau de 2007.

  5. Visiteur

    Je n’y « compte pas », je dis juste que les partis populistes profitent des faits divers et les électeurs ont la mémoire courte. Donc, ne pas négliger le poids du FN, qui peut remonter à tout moment. Cependant, je suis d’accord que, si la campagne se déroule sans « cataclysme », c’est à dire événement important tel qu’une affaire d’Etat, perte du triple A ou autres pipes dans hôtel de luxe, le FN ne passera pas au second tour.
    Quand à Bayrou, il a l’avantage de piocher dans tout les électorats. Aussi bien dans les blazés politiques votant aux êxtrèmes et qui voient en lui une troisième voie, que chez les sociaux-démocrates affolés par l’entourage très à gauche de Hollande (Montebourg et autres), que chez l’électorat UMP, qui vote Sarkozy par défaut.
    Enfin, pour ce qui est de la marge de progression de Sarkozy, je l’envisage plutôt comme extrêmement limité, voir nulle. Le divorce est profond avec une bonne partie de la population. Quoiqu’en dise les médias, qui aiment entretenir le suspense, l’électorat centriste ne reviendra pas vers lui, pas plus que les voix braconné sur les terres du FN récupérés en 2007. En bref, je pense que Sarkozy ne peut s’appuyer que sur sa base électorale, et sa campagne va donc se résumer à resserrer ses troupes, jouer sur la peur, et souligner les faux pas de ses adversaires.

  6. Morland

    Morland

    Vu la situation économique internationale et ses soubresauts, les faits divers me paraissent bien secondaires dans cette campagne. A moins que les évènements économiques soient pour toi des faits divers. Je pense pour ma part qu’ils servent davantage le pouvoir en place (faillite de Lehman Brothers, crise de l’euro qui a plutôt servi Nicolas Sarkozy à travers la séquence récente que l’on évoquait tout à l’heure).

    Je vois mal les « blasés de la politique » voter pour un homme qui en est à sa troisième présidentielle. Le vote anti-système ou simplement de personnes blasées profite soit aux extrêmes soit se réfugie dans l’abstention.

    Pour les centristes, affaire à suivre. Hollande est déjà bardé d’alliés pour le second tour, des verts à Mélenchon. Ceux-ci voient Bayrou d’un mauvais oeil et Hollande a du céder en disant qu’il ne le prendrait pas dans son goouvernement. Bayrou cherche à se positionner pour le coup d’après et Sarkozy cherche des voix pour le second tour. Ils ont tout intérêt à dealer. Des personnalités comme alain Juppé y oeuvrent et le meilleur ami de François Bayrou, Michel Mercier, est l’actuel garde des sceaux. L’UMP pourrait également lui promettre des circonscriptions, chose que ne peut faire le PS qui doit en laisser aux verts et à l’extrême gauche.

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